CHRONIQUE: "Petite Jérusalem" d'Elettra STAMBOULIS & Angelo MENILLO aux éditions Rackham

14/05/2019

 

 

Expulsés d’Espagne en 1492 suite à la signature du décret de l’Alhambra par les rois catholiques, les juifs d’Espagne trouvèrent refuge à  (Thes)Salonique où la communauté connut une expansion ponctuée de hauts et de bas puis déclina à l’arrivée des grecs en 1912 avant d’être quasi-exterminée par les nazis en 1943. Petit fils de l’une de ces juives séfarades, Romano tente de comprendre cette terre d’accueil et de mélanges mais également de drames et de contrastes. Le long des rues de celle que l’on appela longtemps La petite Jérusalem, il évoque les conflits ayant secoué la ville, les grands noms y ayant vécu et s’interroge sur les rouages de la diaspora juive ainsi que sur les mutations linguistiques qui en découlèrent. 

 

 

Un tempo narratif habilement harmonisé avec le propos


Petite Jérusalem n’est pas facile à appréhender et seuls ceux acceptant de se perdre tout d’abord pour mieux s’orienter ensuite en goûteront la subtilité. Nous partageons ici les élucubrations d’un jeune adulte linguiste et s’adressant à une grand-mère absente de manière spontanée et parfois légèrement décousue. 
Le rythme du récit se calque sur trois autres auxquels il emprunte une certaine dissymétrie baroque: celui des promenades du narrateur, lequel avoue évoluer de manière instinctive sans plan ni attentes particulières, celui du peuple juif balloté au gré des caprices des dirigeants depuis bien avant JC et enfin celui de la Grèce, nation drainée tour à tour par les domination romaine et ottomane, par la seconde guerre puis par la guerre civile. 
En calquant la cadence du propos sur celle de ses axes historiques, Elettra STAMBOULIS offre à son récit une profonde cohésion dans le chaos, légitimant ainsi des envolées lyriques qui, autrement, n’eurent pas le même impact. 

 

 

Une galerie inspirante


Ce que l’on aime également ici, c’est que les auteurs sont demeurés proche de l’Humain, évitant le piège de la leçon d’histoire sans souplesse. La narrateur évoque ainsi avec tendresse son propre peuple opprimé ainsi que sa famille mais également les autres oubliés de la vie: roms, ouvriers russes ou albanais, kurdes squattant les secteurs désaffectés ou encore cette ancienne connaissance devenue prostituée. Il rend également hommage à quelques grandes figures antiques ou plus contemporaines telles que le philosophe Aristote, le poète Nazim HIKMET ainsi que Nikos ZACHARIADIS, secrétaire du Parti Communiste grec. 
Brossés à petite touches naturelles, ces portraits enrichissent grandement l’ouvrage et donneront au lecteur peu familier du passé de ces contrées l’envie de s’y intéresser.

 

 

Une nostalgie douce mais parfois amère


Ici, les invasions successives ou encore le destin troublé des communistes sont évoqués avec une sorte de respect mêlé de rage s’harmonisant à merveille avec les coups de pinceau graves et puissants d’Angelo MENNILLO qui n’hésite pas à charger en symbole des images d’une grande noirceur.  Mais c’est lorsqu'il évoque les rafles de 1943 que cet ouvrage prend toute sa dimension douloureuse, allant au delà de la simple nostalgie pour devenir l’outil d’un devoir de mémoire. 
Ainsi, Elettra STAMBOULIS s’attarde longuement sur cet épisode tragique, sans pathos mais avec une intensité à la mesure du massacre puisque, rappelons-le, quatre-vingt-dix-huit pour cent des juifs de Salonique moururent pendant la Seconde Guerre.
Un vibrant hommage aux victimes de la déportation ainsi qu’aux résistants communistes de l’après-guerre. 

 

 


 

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