CHRONIQUE: "Bezimena" de Nina BUNJEVAC aux éditions Ici-Même

28/05/2019

 

Trahie par Bezimena, une prêtresse renait bien des années plus tard sous les traits d’un garçon prénommé Benedict. Ce dernier, bien que choyé, révèle très tôt des troubles sexuels l’amenant à se masturber en public malgré les sanctions. Devenu adulte, il pratique assidument le voyeurisme et, par hasard, reconnait sur son lieu de travail la superbe White Betty qui nourrissait à l’époque ses obsessions de collégien. Il se met à la suivre, ramassant dans la foulée un carnet de croquis abandonné par la jeune femme et regorgeant de dessins érotiques mettant en scène Benny, Becky ainsi que que d’autres. Du moins le croit-il... Mais qu’importe, persuadé de tenir là le recueil des fantasmes de sa belle, il se met à les réaliser un par un, quitte à employer la force...


 

Un sujet sensible et rare en bandes dessinées

 

Après les contes noirs et absurdes de Heartless ainsi que les troublantes confessions autobiographiques de Fatherland, Nina BUNJEVAC se penche sur un sujet rarement abordé à l’exception des colonnes des quotidiens ou des minutes de procès: les délinquants sexuels.

Le personnage dont il est ici question procède du réalisme magique, opérant entre ésotérisme (sa vie antérieure de prêtresse), pragmatisme (son enfance cadrée, son travail au zoo) et psychiatrie (ses bouffées délirantes au sujet du carnet). Ainsi, en attribuant à l’agresseur sexuel des caractéristiques fantastiques, l’auteure admet son existence tout en prenant du recul par rapport à sa propre expérience.

Car c’est bien d’une inspiration autobiographique dont il s’agit ici, Nina BUNJEVAC proposant, en guise de postface, le récit des agressions dont elle fut elle-même victime. Ainsi, à la fois catharsis et condamnation, rituel expiatoire et procès, cet ouvrage cesse d’être une simple histoire pour devenir confession, mise en garde mais surtout déconstruction pédagogique du processus.


 

 Des choix graphiques et narratifs audacieux

 

Cependant ici, loin d’aborder le sujet sous un angle dramatique et hyper-réaliste, l’auteure choisit de raconter autrement. La mise en pages, tout d’abord, s’avère novatrice, déposant les bulles sur le fond uniformément noir des pages de gauche et consacrant celles de droite aux illustrations. Sombres, anxiogènes, parfois extrêmement explicites, celle-ci étonnent par la sensorialité de leurs textures. Car la particularité des dessins de Nina BUNJEVAC, ce sont ces trames vivantes, ces points et ces hachures offrant aux visuels un relief dérangeant car réorganisant les perspectives de manière surréaliste afin d'offrir un contrepoint et ainsi de mettre en exergue un propos d’une grande crudité.


 

Un livre virtuose, parfois malaisant mais posant sur le tapis avec un grand sens de la mise en scène une thématique complexe à évoquer.

 

 

 

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