CHRONIQUE: "War is boring" de David AXE & Matt Bors aux éditions Steinkis

13/11/2019

 

Eté 2008 au Tchad. David AXE se rend au camp de Iridmi afin de rendre compte de la situation des réfugiés du Darfour. Une question de son fixeur l’amène alors à revenir sur sa carrière de correspondant de guerre. Celle-ci commence par trois années passées en Irak et durant lesquels les événements dangereux alternent avec des périodes d’un ennui total. David s’aperçoit alors qu’il est devenu dépendant de cette adrénaline et n’a de cesse que de repartir en zone de conflits. Un contrat tout frais avec une revue militaire l’amène ensuite à se rendre au Liban, dans le Timor Oriental, en Afghanistan, en Somalie puis au Tchad, le tout entrecoupé de retours aux Etats-Unis durant lesquels, passée l'euphorie des premiers jours, David est envahi par la lassitude des suivants ainsi qu’un certain dégoût de soi et de l’espèce humaine en général...


 

Un récit pulvérisant les codes du genre

 

A mi-chemin entre autobiographie et reportage, publié en 2010 en version originale, War is boring va à l’encontre de la gravité à la fois philosophique et philanthrope planant généralement sur les récits documentaires, surtout ceux concernant les guerres contemporaines.

Ici, nous avons affaire à un homme potentiellement abîmé, cynique et désespérément lucide, haïssant les horreurs dont il est témoin mais cependant incapable de renoncer au rush du danger omniprésent. Devenu accro au risque, à l’extrême violence et aux personnages borderlines mais surtout à cette sensation d’agir concrètement lorsque ses confrères théorisent bien à l’abri, il n’hésite pas à travailler pour un support média financé par l’industrie de l’armement afin de pouvoir de nouveau accéder au terrain.

Plongé dans ce quotidien radicalement différent du sien, le lecteur est alors partagé entre la facilité déconcertante à laquelle il s'attache à cet individu dont le système effectif semble détraqué et son envie sournoise de le juger pour son incapacité à être touché ainsi qu'à envisager un avenir meilleur. Difficile en effet de ne pas ressentir une certaine perplexité devant le ton abrupt, l’empathie impeccablement refoulée ainsi que le point de vue ne laissant aucune place à l’espoir... 

 

 

Notez que l'auteur Ted RALL émet en postface une hypothèse judicieuse quant à l’implication de la nationalité de David AXE dans son comportement: “L’existence ordinaire d’un citoyen américain de la classe moyenne ne lui permet pas de ressentir quoi que ce soit. Elle est terne, insipide, préfabriquée. Tel un zombie de L’Armée des morts, il erre dans un centre commercial. On ne lui permet de ressentir ni rage, ni terreurs, ni rancœurs, ni vertiges”


 

Un angoissant catalogue d’inhumanité

 

Outre l’âme chaotique de son auteur, cet album dévoile de manière froide et détaillée le quotidien des pires conflits de notre époque. Affranchi de quelconques implications politiques ou personnelles et bien à l'abri derrière sa carapace, David AXE y raconte les choses comme elles sont, sans euphémismes et sans excès de sensationnel, ôtant à la guerre à la fois sa séduction héroïque et sa charge émotionnelle. La réalité brute frappe alors le lecteur pour qui cette pitance non transformée et servie crue sera bien plus difficile à digérer que les images savamment préparées de nos écrans...


 

Pragmatique, sans attendrissement ni faux espoirs, ce livre interpelle et peut mettre mal à l'aise mais offre également une occasion unique d’appréhender différemment le métier de correspondant de guerre ainsi que la guerre elle-même mais aussi cette pathologie courante et déroutante qu’est l’addiction au risque.

 

 

 

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