CHRONIQUE - Spécial sélection FIBD 2020: "La tournée" d'Andi WATSON aux éditions Cà et Là

19/11/2019

 

G.H. Fretwell est écrivain, mari et père de famille. Aujourd’hui, il s’apprête à partir en tournée pour la promotion de son nouveau livre et envisage l’exercice avec un certain enthousiasme. Mais une fois sur place, rien ne se déroule comme prévu. Un inconnu vole sa valise, ses séances de dédicace sont désertes, l’une des libraires se fait assassiner et son gîte ainsi que son couvert ne semblent pas garantis. De plus, il réalise que son éditeur ne cesse de rajouter des dates sans le consulter, demeurant lui-même injoignable. Et lorsque la police commence à soupçonner le malheureux romancier du meurtre de la jeune libraire, celui-ci comprend que cette tournée est en train de lui coûter tout ce qu’il possède, y compris sa famille et sa liberté...


 

Un mot sur la maison d’édition

 

Fondées en 2005 par Serge EWENCZYK, les éditions Cà et Là publient de la bande dessinée étrangère, permettant ainsi au lectorat français de découvrir des auteurs tels qu’entre autres l’autrichienne Ulli LUST, le brésilien Marcello QUINTANILHA, le finlandais Ville RANTA, l’australien Eddie CAMPBELL, l’iranien Mana Neyestani, la suédoise Anneli FURMARK , les américains Mike DAWSON et Derf BACKDERF ainsi bien sûr que le britannique Andi WATSON


 

L'auteur et son travail

 

L’œuvre d'Andi WATSON est riche et surtout protéiforme. En effet, l'auteur s’avère capable de produire tant du récit fantastique que de la science fiction, du comics que du roman graphique. Depuis la moitié des années 2010, celui-ci semble cependant enclin aux histoires terre à terre, parfois légèrement teintées de surréalisme et mettant toujours leur personnage principal en situation de dégringolade, que celle-ci soit amoureuse (Points de chute), sociale (Breakfast After Noon), créative (Slow New Days) ou professionnelle (La tournée) .

 

Ainsi, depuis quelques années, Andi WATSON conçoit des héros qui nous ressemblent et les soumet à l’épreuve de l’échec ainsi que de la perte de contrôle, imaginant pour chacun un panel de réactions différentes: déni, mensonge, révolte ou lâcher-prise comme c’est ici le cas. Il est alors facile pour le lecteur de s’identifier à ces loosers attachants dont les déboires pourraient bel et bien être les siens.

 

 

Une belle maîtrise de l’absurde

 

Si le premier ressort narratif de La tournée demeure ce crescendo dramatique dû à l’accumulation d’épreuves et de contretemps, le second est bien sûr l’utilisation quasi-permanente de l’absurde. Ainsi, le lecteur est aussi désorienté que le héros, subissant un enchaînement de situations dépourvues de toute logique si ce n’est celle d’en faire baver un maximum au personnage. Attirant d’ailleurs au début notre sympathie, celui-ci devient rapidement sujet d’exaspération de par son incapacité à réagir de manière adéquate afin de, pour s’exprimer de manière familière, sauver ses fesses.

 

G.H Fretwell est en effet souvent représenté comme débordant d’incompréhension, éprouvant de la difficulté à se faire entendre et fuyant les confrontations. En mettant en scène cet anti-héros couard et faisant généralement preuve de gentillesse mais de peu de caractère, Andi WATSON nous rappelle qu’il n’est jamais aisé d’être en paix avec notre sentiment de légitimité tout comme il est facile de préférer au conflit une certaine invisibilité. La conclusion apporte une solution à ce problème, celle de la table rase ici représentée par une case immense d’une blancheur éclatante et permettant au personnage de se réinventer en individu conscient de sa propre valeur et méritant le respect. 

 

 

 

Un regard lucide sur le métier d’auteur ainsi que le monde de l’édition

 

Mais au delà de celle d’un pauvre hère ayant une tendance naturelle à se laisser marcher sur les pieds, Andi WATSO raconte l’histoire d’un auteur mais aussi de tous les auteurs. Il utilise ainsi l’humour absurde afin de faire ressortir la pénibilité de certains exercices imposés tels que les séances de dédicaces, plaisir pour certains mais torture pour d’autres et d’ailleurs sujet maintes fois abordé par certains auteurs particulièrement timides tels que FABCARO par exemple.

 

Ici, Andi WATSON dénonce les difficultés liées à l’éloignement familial, les potentielles humiliations dues à l’exercice de la dédicace, les libraires peu impliqués, les éditeurs absents et autres problèmes de frais. Le dîner au restaurant en compagnie du remplaçant de son éditeur est d’ailleurs le théâtre d’une critique virulente du milieu de l’édition « vautour » avec ses politiques de talents jetables, son éventuelle incapacité à gérer la question de la presse ainsi que ses promesses en l’air. L’auteur semble ici régler quelques comptes, pas méchamment mais fermement, visiblement échaudé par la différence entre l’image glamour qu’ont de ce métier les observateurs extérieurs et la dure réalité.


Un titre dont l'ironie féroce sert à la fois l'atmosphère et le message.

 

 

 


 


 


 

Please reload

POSTS A L'AFFICHE
POSTS RÉCENTS
Please reload

ARCHIVES
Please reload

Retrouvez-nous

  • Facebook - Black Circle
  • Twitter - Black Circle
  • Google+ - Black Circle

ME SUIVRE

  • Facebook - Black Circle
  • Contact_vmc2015_edited
  • Instagram - Black Circle

© 2018 Sofie Von Kelen

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now